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Communiqué de presse · Républicains Sénat · 20 septembre 2012

Joëlle Garriaud-Maylam : Caricatures de Mahomet : une irresponsabilité qui menace la communauté française à l’étranger

Dans un contexte international déjà particulièrement tendu, la publication de caricatures du prophète Mahomet par l’hebdomadaire satirique français, Charlie Hebdo risque, en cristallisant les rancœurs de mouvements radicaux musulmans, de fournir un prétexte pour des attaques ciblées contre nos ressortissants, notamment à l’étranger.

Les appels à la prudence faits ce matin par le Quai d’Orsay et les mesures de précaution annoncées sont justifiés. Mais la fermeture totale des écoles et ambassades dans une vingtaine de pays vendredi risque aussi d’être reçue comme un signal négatif. Il importe en effet de déconnecter l’action irresponsable d’un magazine de l’attitude de la France, pays qui a toujours affirmé avec fierté ses valeurs de tolérance, de respect et de droits de l’homme.

Il est plus urgent que jamais de concrétiser le respect dû aux croyances religieuses, quelles qu’elles soient. J’ai commencé à travailler sur une proposition de loi en ce sens.

Certes la liberté d’expression est une de nos valeurs fondamentales. Mais pourquoi la France pourrait-elle condamner pénalement les manifestations d’homophobie, d’antisémitisme ou de racisme et pas celles qui portent atteinte à la spiritualité et à aux croyances profondes et sincères de millions d’hommes et de femmes?

J’aimerais par ailleurs connaître le coût pour l’État et le contribuable de la protection des locaux de Charlie Hebdo. Si Charlie Hebdo bénéficie depuis ce matin d’une sécurité policière rapprochée et coûteuse, celle-ci ne peut être offerte au reste de nos compatriotes dans l’hexagone ou dans le monde – alors même que chacun d’entre eux devient une cible potentielle du seul fait de la provocation de quelques-uns. Pourraient aussi évalués les coûts engendrés par la fermeture des ambassades, consulats et écoles françaises.

La publication de ces caricatures ayant été faite de manière délibérée, avec des retombées commerciales très importantes pour le journal, je trouverais normal que ce magazine contribue aux frais entraînés par son irresponsabilité. De même que la loi du 27 juillet 2010 sur l’action extérieure de l’État prévoit que l’État puisse « exiger le remboursement de tout ou partie des dépenses qu’il a engagées ou dont il serait redevable à l’égard de tiers à l’occasion d’opérations de secours à l’étranger au bénéfice de personnes s’étant délibérément exposées, sauf motif légitime tiré notamment de leur activité professionnelle ou d’une situation d’urgence, à des risques qu’elles ne pouvaient ignorer », il serait bon d’envisager une responsabilisation financière des médias qui, par des provocations délibérées, mettent en danger nos concitoyens.

La liberté d’expression est une valeur intangible de notre République. Mais elle ne peut s’appliquer au détriment d’autres valeurs tout aussi fondamentales, celle du respect des croyances de chacun et celle de la responsabilité. Il nous faut prendre des mesures pour revenir très vite au calme et à cette sécurité auxquelles aspirent nos concitoyens dans leur immense majorité.