Débat sur les nouvelles perspectives européennes : Intervention de Bruneau Retailleau

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00. Non · Républicains Sénat · 10 octobre 2012

Éléments de l’intervention :

J’ai voté contre le traité de Maastricht, contre le traité constitutionnel, contre le traité de Lisbonne, mais je voterai celui-ci : non parce que le Premier ministre le demande, mais parce que nous assumons la continuité. Peu me chaut qu’il ait été négocié par M. Sarkozy : c’est un traité de crise. La crise des subprimes, la faillite de Lehman Brothers, la crise des dettes souveraines se sont succédé. Enfin, une solution a émergé : un mécanisme de solidarité -l’entraide- et un traité budgétaire -la rigueur et l’engagement. Solidarité et responsabilité, on ne peut voter l’une sans voter l’autre. Mais les socialistes n’ont pas voté le mécanisme de solidarité : où est la cohérence ? Heureusement, vous avez la chance d’avoir une opposition responsable !

L’autre raison pour laquelle je voterai le texte, c’est parce qu’il instaure une règle d’or. Il y a quelques mois, on pouvait craindre que la spéculation ne triomphât des États. La dette est une bombe à retardement pour notre indépendance nationale. Je suis souverainiste : or point de souveraineté quand on dépend des marchés financiers.

La dette est aussi une bombe à retardement pour les générations futures. Nos petits-enfants en supporteront le poids, en même temps que celui du vieillissement. En outre, trop de dette tue la croissance. Par cette règle d’or, nous nous engageons dans la durée. Ce doit être un choix assumé.

Comme le dit le Premier ministre, ce traité n’a pas l’alpha et l’oméga. Mais la gauche semble n’avoir pour seule boussole que la baisse des déficits. La rigueur sans la réforme, cela ne marchera pas. La croissance, ce n’est pas une espérance météorologique : on n’attend pas la croissance comme le beau temps après la pluie, elle sera le résultat volontaire de réformes. (Applaudissements sur les bancs UMP) Mais vous ne faites rien pour restaurer notre compétitivité. On ne mobilise pas un peuple pour la seule réduction des déficits. Il faut lui tracer des perspectives.

Le Premier ministre juge que c’est une facilité que de parler du coût du travail. Mais un économiste modéré disait que, par rapport à l’Allemagne, nous souffrons certes du niveau de gamme de nos produits, mais surtout de coûts supérieurs de 40 % ! Une union monétaire sans équilibre des échanges commerciaux ne tient pas !

Oubliez donc Nicolas Sarkozy, et consacrez-vous à l’avenir de la France et de l’Europe !

L’Europe souffre aussi d’un déficit démocratique. Je ne crois pas au grand soir fédéral, qui serait un saut dans le vide.

Tout simplement parce que les peuples n’en veulent pas. Il n’y a pas encore de peuple européen ; dans ces conditions, il ne peut y avoir qu’une construction juridique. Jean-Louis Bourlanges dit, avec son intelligence coutumière, que l’Europe na pas encore franchi « la porte sacrée du politique ».

Depuis vingt ans, l’Europe fut tour à tour ultralibérale, ultra-dirigiste, ultra-bureaucratique… L’Europe serait-elle un sucre fondant dans le grand bain de la mondialisation ? À quoi sert-elle si elle ne nous protège pas des dégâts de celle-ci ?

C’est l’union douanière la moins bien protégée du monde, nos marchés publics sont ouverts à tous les vents ! D’autres pays occidentaux, pendant ce temps, ferment les leurs…

L’Europe doit aussi assumer ses frontières. L’élargissement fut une course à l’indéfinition, qui a débouché sur une crise ontologique. Quelle communauté politique peut exister sans assumer ses frontières ? Peut-être certains veulent-ils d’une société civile dirigée par une élite éclairée, mais ce n’est pas la démocratie.

Nicolas Sarkozy ne peut plus vous servir d’excuse. À vous de tracer un cap pour que l’Europe soit celle des peuples et produise des effets concrets.