Jean-Claude Gaudin : « On a surestimé la capacité des élus à faire une métropole « 

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Passage média · Républicains Sénat · 16 octobre 2012

Êtes-vous pour ou contre la création d’une grande métropole Marseille Provence ?

J’y suis favorable, bien sûr, et c’est logique. Marseille a toutes les charges de centralité : hôpitaux, culture, administrations, loisirs… mais la richesse se développe au-delà de son corset montagneux, vers l’étang de Berre pour l’industrie, Plan de Campagne pour le commerce, le pays d’Aix pour les technologies. Ca nous a coûté par exemple 800 millions d’euros pour faire les 14,5 kilomètres de tramway et de métro. L’État nous a aidés à hauteur de 60 millions, le conseil général 29, la région 27. Il a bien fallu qu’on emprunte le reste en pénalisant notre budget. Or les habitants de toutes les villes voisines profitent aujourd’hui de ces transports. C’est ainsi : tout le monde veut se servir de Marseille, mais personne ne veut donner un coup de main. Voilà des années que je réclame plus de justice et de péréquation pour sortir cette ville de la pauvreté. Nous l’avons réaffirmé solennellement lors d’un conseil municipal de juin 2011 demandant l’évolution de la communauté urbaine vers le statut de métropole. Je soutiens donc aujourd’hui la volonté du Premier ministre de faire aboutir ce dossier.

Faudra-t-il légiférer pour créer cette métropole ?

Sûrement. On a surestimé la capacité consensuelle des élus à constituer une métropole. Depuis trente-quatre ans, partant du premier refus de Marseille de s’associer aux communes voisines, sa périphérie s’est enrichie et détachée. Depuis mon élection en 1995, j’ai saisi toutes les occasions de développer une véritable solidarité financière territoriale et c’est avec difficulté que j’ai réparé l’erreur historique de Gaston Defferre en créant la communauté urbaine. Ce qui se joue en ce moment est déterminant pour notre avenir économique et politique.

Êtes-vous d’accord avec le périmètre voulu par le gouvernement ?

Je suis d’accord sur le principe, mais rien n’est figé. Il faudra des aménagements correspondant à des réalités économiques et sociales et qui tiennent compte des équilibres politiques pour ne pas risquer de condamner l’alternance politique future entre la droite et la gauche. J’y serai particulièrement vigilant en tant que sénateur-maire.

Les maires des petites communes redoutent qu’une métropole fasse reculer leur influence. Comment les protéger ?

Il n’est pas dans l’intention de Marseille d’enlever du pouvoir à ses voisines. La ville demande sa juste part sans aucune volonté hégémonique. Quand nous avons créé la communauté urbaine, Marseille a demandé un peu moins que la moitié des sièges pour laisser la possibilité aux autres communes d’exprimer équitablement leur voix alors que les Marseillais représentent 82 % de la population. Même les moins peuplées ont chacune au moins trois représentants. Et, pour le plan d’urbanisme, ils gardent leurs prérogatives. La compétence générale appartient à la commune et elle doit le rester. Nous avons déjà transféré le maximum des compétences que nous pouvions à un échelon supérieur. La future métropole ne doit pas être un projet au rabais qui ajouterait un échelon administratif supplémentaire créateur d’inertie et de nouvelles dépenses.

Aix et Marseille, sœurs ennemies, peuvent-elles s’entendre ?

Le gouvernement voudra sans doute intégrer nos deux villes, mais qu’on ne me parle pas de vouloir engloutir Aix. Nous venons de réussir ensemble la programmation culturelle de Marseille Provence 2013 et la fusion de nos universités, qui ont pris le nom d’Aix-Marseille Université alors qu’il y a plus d’étudiants dans notre ville qu’il y en a chez notre voisine. La maire d’Aix ne veut pas de nous. Malgré toutes nos différences, je la soutiendrai le moment venu.

Propos recueillis par Paul Molga