Interview de Jean-Pierre Raffarin

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Passage média · Républicains Sénat · 25 octobre 2012

Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre et sénateur de la Vienne, nous livre son regard sur les grands défis à venir pour nos territoires, cinq mois après l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle majorité et à l’approche d’un rendez-vous majeur pour l’UMP avec l’élection du nouveau président et la création de mouvements.

Vous avez fait de la décentralisation l’une des priorités de votre engagement politique. Vous avez vous-même porté l’acte II de la décentralisation. Quel message adressez-vous aux élus locaux à la veille du nouvel acte décentralisateur voulu par François Hollande ?

La décentralisation est une question qui transcende les clivages politiques. Elle touche à l’identité de notre nation, à la vitalité de notre démocratie. Elle nous concerne tous, car elle est intimement liée à notre histoire, celle d’un pays à forte tradition centralisatrice, qui s’est construit autour d’un pouvoir central puissant et qui trouve son équilibre dans l’existence de contre-pouvoirs efficaces et constructifs.

Il ne peut y avoir de décentralisation sans une implication forte des élus locaux. Ils en sont les fers de lance, les premiers responsables, ils doivent donc être étroitement associés à l’acte III que nous a promis François Hollande. C’est le but des états généraux de la démocratie locale des 4 et 5 octobre. C’est pourquoi je regrette la maladresse de la ministre de la Décentralisation, Marylise Lebranchu, qui a dévoilé les contours du projet de loi avant même la tenue de ces états généraux. Comme si les débats organisés à cette occasion n’étaient qu’un simulacre de démocratie.

Comment peut-on prétendre faire avancer la décentralisation en agissant de façon aussi jacobine ? J’engage donc les élus locaux à adopter l’attitude inverse : une attitude ouverte et constructive, pour donner toutes ses chances de réussite à cet acte III de la décentralisation.

Quels sont, selon vous, les enjeux actuels de la décentralisation ? Quelles doivent en être les prochaines étapes ?

Précisément en raison de la tradition centralisatrice de la France, la décentralisation est et sera toujours un enjeu central des politiques publiques. Nous pourrons toujours faire mieux, car la subsidiarité, principe très important pour le girondin que je suis, peut être sans cesse éprouvée à l’aune d’une évaluation de nos politiques publiques.
Surtout, je rejette cette conception de la décentralisation, largement imputable aux collectivités socialistes, qui consiste en une hausse inconsidérée des dépenses — plus 40 % de fonctionnaires territoriaux en dix ans ! — en contrepartie de transferts de compétences. Nous avons besoin d’un vrai pacte de confiance, et de responsabilité, entre l’État, les élus locaux et les citoyens : tous doivent être acteurs de la réussite de notre pays, et d’abord de son redressement budgétaire. C’est pourquoi nous ne pourrons pas faire l’économie d’une réforme ambitieuse des collectivités territoriales. Pour moi, elle passe notamment par la limitation de leur recours à l’emprunt, afin d’éviter les dérives dépensières, et par la constitution de grandes régions, capables de mener des projets d’envergure et compétitives sur la scène européenne. Cela signifie diviser par deux le nombre de régions existantes, par exemple avec la fusion de la Bretagne et des Pays de la Loire, du Poitou-Charentes et de l’Aquitaine…

Régions et départements seront alors vraiment complémentaires.

Vous présentez un mouvement au congrès de l’UMP, France moderne et humanistes cita défend l’idée d’une « République des territoires ». Pouvez-vous préciser vos propositions sur ce sujet ?

France moderne et humaniste a placé la décentralisation au cœur de ses engagements, car ce mouvement fait le choix de l’avenir, avenir, pour nous, passe nécessairement par une République des territoires vivante, dynamique, qui tire parti de sa diversité en la valorisant. Au fond, nous voulons pour la République la même chose que pour l’UMP : faire de la diversité une richesse pour l’unité !

Cela passe en priorité par la réforme structurelle dont je parlais : nous sommes 101 parlementaires à soutenir France moderne et humaniste, 101 parlementaires à juger nécessaire de renforcer nos collectivités. C’est dans l’intérêt de notre démocratie. Nous faisons confiance aux élus locaux, à leur sens de la responsabilité et de l’intérêt général, pour nous accompagner dans cette démarche. La République des territoires, c’est aussi une attention particulière que nous portons à la ruralité. Nous sommes des élus de terrain, nous connaissons tous les difficultés que connaît une certaine ruralité. Mais nous avons foi en son extraordinaire potentiel. Nous voulons, à force de volonté et de dispositifs incitatifs, que nos campagnes redeviennent « le visage radieux de la France ».

Cinq mois après l’arrivée d’une nouvelle majorité au pouvoir, quel jugement portez-vous sur le début de leur action ? Quels sont, pour vous, les grands défis que la France doit relever ?

L’action du nouveau pouvoir socialiste ne va certainement pas nous aider à relever les grands défis qui se posent à nous. Alors que nous devons entrer résolument dans la Modernité, les socialistes se refusent à toute réforme de structure et espèrent panser les plaies à l’aide de recettes éculées, comme l’augmentation du nombre de fonctionnaires ou le dirigisme économique. La France mérite mieux : elle mérite un projet nouveau, ambitieux, un projet qui vise sa réussite. C’est le sens de notre démarche au sein de l’UMP : avec les 101 parlementaires de France moderne et humaniste, nous proposons un projet pour la réussite de la France. Pour nous, la France qui réussit n’a pas peur du monde, ni de la mondialisation : elle relève le défi de la compétitivité, de la création de richesse et d’emplois en baissant et les dépenses et les impôts, en simplifiant le code du travail, en supprimant les 35 heures…

La France qui réussit s’engage dans une Europe politique, fédérée, et combat ce qui fragilise l’avenir : les facilités de la dette comme l’inconscience environnementale. La France qui réussit ne se complaît pas dans l’assistanat, elle exige l’équilibre des droits et des devoirs et défend une solidarité d’intérêt général, respectueuse de la dignité de la personne. La France qui réussit ne prône pas le rejet et le repli sur soi, elle est fière et confiante, elle rassemble sur l’adhésion, à ses valeurs, à cet idéal français qui a nourri le monde et doit continuer de l’éclairer. Voilà le projet que nous défendrons avec les 101 parlementaires centristes, gaullistes sociaux, humanistes, libéraux et radicaux de France moderne et humaniste : nous le défendrons pour que vive le débat d’idées à l’UMP et pour qu’advienne enfin une France moderne et humaniste.