Jean-Pierre Leleux : « Je ferai jouer ma liberté de conscience sur le mariage gay »

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Passage média · Républicains Sénat · 24 novembre 2012

« Et l’enfant dans tout ça ? » C’est le titre du « Petit manifeste contre le mariage et l’adoption par les couples de même sexe », rédigé par Jean-Pierre Leleux, sénateur-maire de Grasse. Il explique pourquoi.

François Hollande a évoqué la notion de « liberté de conscience ». Qu’en pensez-vous ?

Pour moi et des milliers de maires, cet acte d’état civil va à l’encontre de nos convictions profondes. Je ferai jouer « ma liberté de conscience » me permettant de déléguer cette charge à mes adjoints consentants.

Pourquoi ce manifeste ?

Parce que ce projet de loi est générateur d’une mutation profonde de ce qui sous-tend notre société depuis des siècles. Le débat n’est pas de juger si les homosexuels seraient ou non de bons parents, mais de mesurer l’impact d’une telle décision sur la structuration psychique des enfants adoptés.

Votre opposition n’est-elle pas une forme d’atteinte au droit des libertés individuelles ?

Une partie seulement de la communauté homosexuelle revendique la possibilité de procéder à un « mariage » afin d’être titulaire des mêmes droits que les conjoints hétérosexuels mariés. Si l’on abordait le sujet avec le mot d’« Union Civile », on pourrait plus sereinement évoquer les évolutions législatives, nécessaires et légitimement attendues, pour assurer davantage de protection aux couples homosexuels.

Divers pays ont déjà dit oui au mariage gay. Pourquoi pas la France ?

C’est vrai. Mais dès qu’il s’agit d’adoption, les mesures divergent d’un pays à l’autre et divisent profondément. Le tort de ce projet de loi est d’avoir lié les deux questions. La notion de « mariage » touche à l’adulte, «l’adoption par les couples homosexuels » à l’enfant.

Concernant l’adoption, pourquoi estimez-vous qu’il faut obligatoirement un père et une mère alors qu’aucune étude sérieuse ne le démontre ?

L’enfant est en droit d’exiger de se construire dans l’altérité des deux genres, un père et une mère. En faisant disparaître des textes d’état civil les mots de « père » et « mère » au profit de « parent 1 » et « parent 2 », on imagine le dilemme de l’enfant ! Même dans les familles monoparentales, l’enfant sait qu’il est issu d’un père et d’une mère. En France, nous ne disposons pas d’études fiables quant à l’impact sur les enfants concernés. L’INSEE n’a pas la possibilité de répertorier les familles homosexuelles, ce qui explique que la plupart des publications ne soit pas jugée sérieuse. Comment se fier par ailleurs aux avis des spécialistes de l’enfant qui ne sont pas d’accord entre eux ?

Êtes-vous surpris de la tournure des événements qui entoure ce projet de loi ?

Non, car on ne propose pas de remettre à plat les formes de parentalité sans conséquence. On se trouve aujourd’hui face à une « mutation anthropologique majeure » comme le dit le psychanalyste Jean-Pierre Winter quant à l’évolution de la famille qui risque de devenir une entité sociale à géométrie variable. Les vives réactions s’expliquent par le fait que l’enfant semble absent du débat. Je conçois parfaitement le « désir d’enfant », mais faire primer ce désir confine à l’égoïsme. On parle davantage du « droit à l’enfant » sans se demander ce à quoi l’enfant pourrait avoir droit !

Comment doit s’organiser te débat autour de ce sujet ? Que préconisez-vous ?

Au sénat, je fais partie de l’Entente parlementaire de la famille qui est contre le projet de loi et en appelle à la mise en place « d’états généraux de la famille ». Nous demandons la mise en place d’un groupe d’experts qui s’entendent afin de procéder à la conduite d’études fondées scientifiquement, nous permettant d’avoir un véritable recul à 5-10 ans.