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Tribune · Républicains Sénat · 7 juin 2013

Jean-Pierre Raffarin : « La Chine révèle les divergences franco-allemandes »

Le Président français a été le premier chef d’Etat à rencontrer le nouveau Président chinois Xi Jinping, mais Li Keqiang, le nouveau Premier ministre, a fait sa première visite dans l’Union européenne en Allemagne, expliquant dans Die Zeit que « l’Allemagne et la Chine étaient le moteur de la coopération sino-européenne ».

Madame Merkel visite régulièrement la Chine à l’occasion de voyages de plusieurs jours et accompagnée de plusieurs Ministres et de nombreux entrepreneurs. La chancelière allemande n’hésite pas à contredire les entreprises allemandes du photovoltaïque qui font des recours à Bruxelles, désapprouvant devant le PM chinois les décisions de la Commission de l’Union. Elle négocie.

Chez nous, « le productif » et son ministère se redressent ou plutôt se rebiffent ! Le protectionnisme est invoqué. Des slogans sont lancés à « la face » des autres. Les entreprises chinoises en France, à l’exemple de ZTE, s’interrogent sur leur bienvenue. Le Président est plus pacifique que ses Ministres. On appelle trop souvent à la « confrontation » des forces plutôt qu’au « rapport » de forces. Le risque alors est que la Chine choisisse de faire de la politique avec la France… et des affaires avec l’Allemagne ! L’Europe, elle, a besoin avec la Chine, de la politique et de l’économie.

Le commerce international est naturellement animé par des rapports de force plus ou moins bruyants mais toujours présents. Il a ses rites, les menaces sont plus fréquentes que les représailles. Tout est toujours gradué. Chacun défend évidemment ses propres intérêts. Ne soyons pas naïfs. Les Chinois adeptes du « potentiel de situation » sont évidemment des experts du rapport de force. Ils cherchent toujours leur intérêt, mais ne sont pas prêts à sacrifier le long terme à l’immédiat. C’est d’ailleurs le sens profond du « gagnant-gagnant ». Ils connaissent parfaitement l’état de l’Union, ils ne faut donc pas compter sur d’éventuelles maladresses de leur part.

La faiblesse de la position européenne est d’engager avec les chinois un nouveau rapport de force quand la France et l’Allemagne ne sont pas en « harmonie ».

Le commerce européen a besoin de l’accord franco-allemand pour équilibrer ses échanges mondiaux. Il est donc urgent que « La Fédération du Rhin » mette ses intérêts en commun et que nos deux gouvernements fassent les compromis nécessaires tels que les faisaient J.Chirac et G.Schroeder à l’occasion des réunions dites « Blaesheim ». Les déclarations officielles françaises, ces derniers jours, semblent corriger les très mauvais signaux qui ont été envoyés pendant la première année de l’actuel quinquennat. C’est heureux.

Chacun comprend bien aujourd’hui que le commerce mondial a besoin d’équilibres. Les Chinois, comme les Brésiliens ou les Indiens, ont évidemment intégré cette donnée. Mais la vérité est que, pour avoir accès à ces équilibres, la France aujourd’hui, comme l’Allemagne demain, ont besoin d’une position commune pour fonder une action européenne crédible.

Dans l’économie mondiale, en général, il ne sert à rien d’accuser l’autre, parce qu’il est destiné à être un partenaire. L’intelligence est le partage des intérêts. C’est la culture des chinois quand ils répètent leur stratégie du « gagnant-gagnant ». À nous de traduire en « franco-allemand » notre stratégie : « le compromis pour la réciprocité ».