Jacques gautier : « Vivement l’A400M »

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Tribune · Républicains Sénat · 26 juin 2013

L’intervention au Mali a été un succès militaire. Elle a démontré le professionnalisme et l’engagement de nos soldats ainsi que notre capacité à intervenir rapidement sur des théâtres éloignés. Mais cette opération a confirmé, après la Libye, la faiblesse de la France clans certains domaines les avions ravitailleurs (MRTT), les drones Male et le transport aérien stratégique et tactique. Ce dernier trou capacitaire nous a obligé à recourir massivement à la location d’appareils Antonov 124 russes et ukrainiens et à solliciter, en complément, nos plus fidèles alliés.

En matière de transport aérien, la réponse existe à moyen terme ; elle s’appelle l’Airbus A400M dont le premier appareil, après bien des péripéties, vole sous les couleurs tricolores et devrait être livré à nos forces dès cet été. Le programme d’avions de transport A400M inclut plusieurs nations européennes : l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, l’Espagne, la Belgique et le Luxembourg ainsi que la Turquie représente 20 milliards d’euros et devrait comprendre, malgré certaines réductions de cibles, plus de 174, appareils livrés, dont une cinquantaine pour le France.

Au Sénat, c’est un dossier que nous suivons depuis de nombreuses années, Nous avons produit deux rapports, l’un au début de 2009, l’autre mi-2012. Après avoir étudié les raisons des retards et des surcoûts, nous apportions un total soutien à ce programme qui dotera nos armées d’un équipement, véritable « couteau suisse ». En effet, cet appareil, ravitaillable et ravitailleur à la fois, est un transporteur stratégique, capable de transporter loin et vite des charges importantes, et tactique puisqu’il est apte à se poser sur des terrains courts et sommaires, évitant ainsi les ruptures de charges que nous avons notamment connues au Mali.

Dans le contexte financier budgétaire difficile que traverse l’Europe, et notamment notre pays, il ne faudrait pas que les réductions de cibles touchent ce programme, d’autant que les trois premiers seront livrés à la France en 2013 et que le 35ème appareil ne sera réceptionné dans nos armées qu’en 2025. Il serait donc prématuré de supprimer, dès maintenant, les quinze dernières commandes car on peut espérer un redressement de nos finances à cette échéance. Par contre, il ne faudrait pas que les pièces de rechange, commandées en trop petit nombre, ne permettent de faire voler qu’un nombre réduit d’appareils.

Il faut rappeler que le coût d’achat de ce type d’appareil, sur sa vie opérationnelle, ne représente qu’un tiers du prix et que les deux tiers restants sont le résultat de l’entretien et du maintien en condition opérationnelle. C’est dans ce domaine que nous pouvons, et que nous devons, faire des économies sensibles, au travers de mutualisations avec nos partenaires concernés, pour la formation des pilotes et la MCO avec, notamment, la constitution d’un stock commun européen de pièces de rechange. Ces actions sont d’autant plus nécessaires que la flotte de A400M pourrait largement être mise à disposition de l’EATC (European Air Transport Command), ce qui pousse en faveur d’une harmonisation du soutien et des règles d’emploi.

La raison commande aux Européens de terminer le programme A400M comme ils l’ont commencé ensemble. D’autant que les qualités de cet équipement devraient intéresser de nombreux pays à l’exportation.

Jacques Gautier et Daniel Reiner