Jean-Pierre Raffarin : « Nous sommes dans une peopolisation de la justice »

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Passage média · Républicains Sénat · 30 juin 2013

Le sénateur UMP de la Vienne, Jean-Pierre Raffarin, appelle le gouvernement à prendre des mesures d’urgences pour l’emploi et la compétitivité pour éviter une « tempête industrielle massive ».

Tapie, Guéant, Cahuzac, Sarkozy… Les politiques sont beaucoup cités dans des affaires judiciaires en ce moment…

Ce spectacle judiciaire est affligeant et démobilisant. Il occupe toute la scène nationale. C’est triste pour la démocratie française. Nous vivons une crise majeure et, pendant ce temps, nous ne parlons pas des vrais enjeux : l’emploi, la compétitivité, le pouvoir d’achat. Je vois bien la manœuvre qui consiste à salir tout le monde. On est dans une peopolisation de la justice, et tout est orchestré comme un spectacle.

La manipulation viendrait de qui ?

Peut-être de ceux qui, par des fuites et des scoops, empêchent la justice d’être sobre et sereine. Laissons-la travailler, dire la vérité. En pleine crise, notre pays perd confiance en lui, c’est d’une extrême gravité.

Claude Guéant est cité dans plusieurs dossiers. Pourrait-il devenir un poids pour l’UMP ?

Prudence. Les non-lieux, c’est courant !

Nicolas Sarkozy pourrait-il être gêné s’il revenait ?

Je ne pense pas du tout que son retour sera arbitré par les paramètres judiciaires. Nicolas Sarkozy est habitué, depuis qu’il est sur la scène politique, à l’anti-sarkosisme. Je dirais même qu’il nourrit son énergie de l’anti-sarkosisme. Et il suffit de circuler dans le pays pour voir que, dans les yeux de l’opinion, il apparaît comme victime.

Vous croyez à son retour en 2017 ?

Ça n’est pas exclu. Mais il est prématuré d’en parler. Je l’ai vu récemment. Il n’est pas encore dans une logique de campagne ou de conquête. Il rencontre les grands acteurs de l’économie mondiale. Il réfléchit. Evidemment, ce n’est pas très discret. Sa présence dans le débat politique maintenant n’est pas une bonne chose ni pour lui ni pour l’UMP.
Il faut permettre à nos talents d’émerger.

Qui est présidentiable à l’UMP ?

A quatre ans de la prochaine élection, on voit quand même apparaître un carré d’as : Copé, Fillon, Juppé et Sarkozy. C’est probablement de ce carré que sortira le champion. Après, la situation dépend aussi de la capacité de nos leaders à pouvoir vivre ensemble. Ce qui menace toujours une famille politique, c’est l’autodestruction.

Le risque d’implosion n’est pas écarté, malgré le vote ce week-end qui enterre la guerre Copé-Fillon ?

Il est moindre, car il y a deux facteurs nouveaux : la réforme des statuts, que nous adoptons ce week-end, mais aussi l’élection de Villeneuvesur-Lot qui révèle bien que la réponse au FN, ce n’est pas le Parti socialiste qui la donne, mais l’UMP. Si l’UMP se divisait, par exemple, entre les humanistes et la droite traditionnelle, le FN aurait une situation prometteuse. En clair, l’unité de l’UMP est essentielle à l’équilibre de la République. Et toute ambition personnelle qui mettrait l’unité de l’UMP en cause serait néfaste, voire funeste.

Des francs-tireurs, comme Wauquiez et Baroin, tapent sur leur propre camp…

La fougue et la liberté sont dans mon ADN politique. Jamais je ne reprocherai à quiconque de s’exprimer. Toute parole républicaine est légitime. Mais je donne un conseil de sagesse : oui à la diversité, non à la division. La diversité sert notre camp, la division sert le camp d’en face. Les attaques ad hominem relèvent de la division.

Le FN semble susciter l’adhésion croissante des Français…

Sur le fond des choses, le vote FN reste un vote protestataire. C’est la protestation qui monte. Le PS n’est donc pas innocent. Marine Le Pen n’a pas changé la nature du FN. Ce n’est pas un parti de gouvernement. Seule la cosmétique a changé.

Nathalie Kosciusko-Morizet peut-elle gagner à Paris en 2014 ?

Elle a un très fort potentiel, elle peut gagner. Anne Hidalgo est à fond alors que NKM a encore beaucoup de réserves.

Il y a des villes gagnables par la droite ?

Nous pouvons gagner Toulouse, garder Marseille et Bordeaux, regagner Strasbourg. Peut-être gagner d’autres villes comme Rouen, Angoulême ou même Dijon…

Les chiffres du chômage se stabilisent en mai. Vous croyez à l’embellie promise par Hollande ?

La dégradation de l’emploi est profonde. Nous perdons des emplois à forte valeur ajoutée. Quand on perd un emploi dans l’automobile ou dans l’élevage laitier, on ne les remplace pas par un contrat jeune. Ce sont des emplois qui créent de la valeur, pas des emplois qui coûtent. Même si on arrive à jouer sur les statistiques, on ne masquera pas le fait que la qualité des emplois que nous perdons est dramatique. Je ne comprends pas l’attentisme gouvernemental. La compétitivité des entreprises est aujourd’hui le sujet de la France. Si on ne comprend pas qu’il faut d’urgence donner de l’oxygène aux entreprises, nous allons connaître une tempête industrielle massive.

Quelle décision est la plus urgente ?

D’abord, changer l’assiette des charges qui pèsent sur l’emploi. C’était la TVA anti-délocalisation. C’est une faute d’être revenu sur cette décision de Nicolas Sarkozy. Les PME nous lancent un SOS!

Vous avez côtoyé François Hollande lors de déplacements à l’étranger. Comment est-il ?

La qualité de l’homme n’est pas en question. Dans les relations internationales, il fait le job dans la continuité de ses prédécesseurs. En Chine, il a bien passé les étapes pour établir une relation de confiance, en Algérie aussi. On l’a soutenu pour le Mali. C’est un style très différent de Sarkozy, mais il y a une sorte de paradoxe des présidents qui s’installe : avec
Sarkozy, j’avais le sentiment que sa politique était plus appréciée que sa personne ; j’ai l’impression que, pour Hollande, c’est l’inverse. Disons qu’à l’extérieur c’est la continuité, à l’intérieur la cassure.