Bruno Retailleau : « Risques d’innondation : on passe d’un extrême à l’autre »

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Passage média · Républicains Sénat · 12 août 2013

A l’origine d’une proposition de loi sur le risque de submersion marine et d’un rapport sur Xynthia, le sénateur Bruno Retailleau (Vendée) critique le travail de l’État qui, dit-il, ne protège pas assez la population.

Comprenez-vous l’attitude des maires de l’île de Ré ?

Bien entendu et elle fait écho à celle des élus de Noirmoutier confrontés à une situation identique. À partir des plans de l’État, ils avaient découvert que 43 % du parc des logements de l’île étaient placés en zone inconstructible. Les élus avaient alors soumis une contre-étude, et depuis un dialogue s’est noué avec la préfecture qui a reconnu des lacunes dans son projet initial. Les débats sont en cours et vont désormais dans le bon sens.

L’État a-t-il une juste appréciation des risques en matière de submersion marine ?

Pendant des années, l’État a péché par laxisme, laissant un urbanisme non contrôlé se développer, et veut aujourd’hui se rattraper en privilégiant la reconquête de la nature. On passe d’un extrême à l’autre. En témoigne cette circulaire du 27 juillet 2011, inadaptée, qui fixe aujourd’hui les éléments pris en compte par l’État pour réaliser les projections modélisées des niveaux d’eau maximaux pouvant être atteints à l’avenir. L’événement de référence est désormais « Xynthia + 20 cm » . À cela s’ajoutent 60 cm pour tenir compte du réchauffement de la planète. Mais pourquoi 60 cm quand les études scientifiques parlent de 40 cm ? Cette circulaire qui évoque les digues fait l’hypothèse de brèches tous les 30 cm, selon une norme purement administrative. Sans s’appuyer sur des études scientifiques, l’État échafaude donc des scénarios de submersion marine et ne tient pas compte des digues. Avec cette circulaire, il cherche davantage à ouvrir le parapluie administratif qu’à protéger sa population.

Mais l’État remet-il en cause le plan digue qu’il avait lancé ?

Ce plan est aujourd’hui bloqué à cause de procédures extrêmement complexes imposées par l’État. Pour rehausser ces ouvrages ou pour en construire de nouveaux, les dossiers n’avancent pas.

Ne serait-ce pas un désengagement de l’État qui rechignerait à financer ce plan ?

Ce n’est pas une affaire d’argent. Le financement du plan provient du Fonds Barnier alimenté par les cotisations des assurés et non par des recettes fiscales. Ce blocage répond, à mon sens, à une forme de dogmatisme écologique, où l’on se dit qu’en bâtissant moins de digues, on stoppera l’urbanisation. Je ne suis pas favorable à l’érection de nouvelles digues pour de nouvelles constructions mais il faut protéger celles qui existent. L’efficacité des digues n’est plus à démontrer. Il n’y a qu’à regarder le modèle néerlandais. Alors pourquoi ne pas tenir compte de ces protections pour estimer les risques ?

La gestion de l’après Xynthia a-t-elle des points positifs ?

La quasi-totalité des communes concernées par cette catastrophe s’est dotée d’un plan communal de sauvegarde. Il permet de lutter contre les inondations avec des procédures d’alerte et d’évacuation. C’est une avancée.