Gérard Larcher : « Les élus locaux se sentent méprisés »

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Passage média · Républicains Sénat · 24 mars 2014

L’ancien président du Sénat pense que les municipales se joueront sur «une désillusion à gauche».

Comment sentez-vous le climat politique à deux jours du premier tour ?

À travers une quinzaine de déplacements, que nous avons effectués avec Bernard Accoyer, j’ai constaté que pour une large majorité, les électeurs se détermineront en fonction des enjeux locaux. Mais comme dans la plupart des cas, les majorités se joueront à 2 ou 3 %, ce sont bien les enjeux nationaux qui pourront faire la bascule. Ce sont les 20 % des électeurs dont le vote est plus politique qui feront la bascule dans le millier de villes de plus de 9.000 habitants. Je sens un «souffle bleu» et la possibilité d’une forte abstention à gauche. Si nous faisons le score de 1983, nous aurons reconquis une grande partie des villes moyennes perdues en 2008. Au fond, les municipales vont se jouer sur une désillusion à gauche, sur le sentiment des gens d’avoir été trompés.

Quel est l’état d’esprit des élus locaux ?

Ils sont extraordinairement inquiets. Inquiets devant l’incompréhensible succession de textes sur la décentralisation, inquiets surtout dans les villes de moins de 9.000 habitants, inquiets car ils savent que leurs dotations vont baisser de dix milliards d’euros en quatre ans. Ils ont le sentiment d’être méprisés car ils doivent bâtir l’avenir avec moins d’argent, sans savoir le mode d’organisation… et si on rajoute un redécoupage cantonal qui leur est imposé. Trop, c’est trop! Le monde rural se sent abandonné, méprisé. Cette désespérance aura inévitablement une traduction dans les urnes. J’accuse les socialistes de casser le maillage territorial, de casser la France, en créant des territoires artificiels qui ne prennent pas en compte des bassins de vie.

Quelles conséquences sur les élections sénatoriales de septembre ?

La reconquête du Sénat est un objectif politique. Au plan national, ce sera un signal, soit de soutien, soit de désaveu de l’action de François Hollande un peu plus de deux ans après son élection. Les élections municipales seront décisives pour les sénatoriales de 2014 mais aussi pour celles de 2017 puisque le corps électoral sénatorial sera le même. Les élus locaux, représentés par les sénateurs, sont en droit de demander à la gauche: «Qu’avez-vous fait du Sénat?» Ils jugent que le Sénat est fracassé, que la gauche a gâché la chance historique de l’alternance. Le Sénat qui anticipait, qui réfléchissait sur les questions de société, qui n’était pas le clone de l’Assemblée nationale, a perdu son identité. En deux ans, la gauche a affaibli le bicamérisme.

En rendez-vous responsable le président du Sénat, Jean-Pierre Bel, qui a annoncé qu’il ne briguerait pas un second mandat en septembre ?

La majorité sénatoriale a une part de responsabilité. Mais quand une symphonie est mal jouée, le chef d’orchestre a sa part de responsabilité. Son départ annoncé, c’est une illustration supplémentaire d’un Sénat en panne.

Comment redonner son lustre au Sénat ?

Il ne faut pas un Sénat d’alternance de la gauche vers la droite, ne pas construire la Chambre de la revanche. Il faut réfléchir à une autre conception du rôle et de la place du Sénat, un Sénat non aligné, non systématiquement partisan, qui ne soit pas la réplique tellurique de l’élection présidentielle. Si mes collègues font ce choix-là, je leur ferai des propositions.