Jean-Pierre Raffarin : « Pour un vrai humanisme libéral en France »

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Tribune · Républicains Sénat · 6 mai 2014

Les idées libérales sont souvent accusées en France d’être l’une des sources de nos difficultés économiques et sociales. Elles n’ont eu jusqu’ici, que peu de succès politique. L’actualité nous donne tous les jours l’occasion de mesurer combien elles sont, en réalité, innocentes nos problèmes.

J’ouvre le journal, le jour où j’écris cet article 30/04

  • « Lorsqu’une affaire est en train de se boucler et qu’on oublie de téléphoner au ministre de l’Économie, il y a un manquement à la déontologie nationale. » Arnaud Montebourg
  • « Barrages: Ségolène Royal veut limiter les opérateurs privés.»
  • « L’Etat et les collectivités doivent 6 milliards aux PME. »

Je mesure ainsi combien idées libérales sont loin d’être reconnues en France, pourtant d’autres informations du même jour devraient les aider à rayonner :

  • « L’arrivée de Free dans le mobile a fait économiser 7 milliards d’euros aux consommateurs. »
  • « L’insolente santé financière des trois grandes agences de notation.»
  • « Vente-privée.corn s’offre le théâtre de la Michaudière. »
  • « Une opération à 95 millions pour les Peugeot. »

Cette riche actualité nous révèle les dix critères du mal français quant aux idées libérales:

  1. La confiance est rompue entre les entrepreneurs et les pouvoirs publics.
  2. La suspicion qui marque l’accumulation du capital nous empêche de créer un capitalisme à la française comme l’on fait pour eux d’autres pays Chine, Brésil … )
  3. La concurrence est rarement considérée comme vertueuse.
  4. Généralement, l’Etat freine plus qu’il n’impulse le développement des entreprises
  5. La taille trop petite de nos PME limite leur capacité d’innovation
  6. La politique en France se veut plus forte que les règles de droit (ex: demande de dispenses à Bruxelles)
  7. Les discours antimondialisation freinent l’ouverture internationale de la France, affaiblissent l’attractivité du pays et favorisent l’exode des ‘talents
  8. Le mécénat comme la dimension d’intérêt général de l’activité des entreprises est très insuffisamment expliqué aux Français.
  9. La réduction du secteur public et de l’hypertrophie de l’Etat n’apparaît pas prioritaire pour de nombreux Français.
  10. La centralisation excessive du pays ne libère pas suffisamment les énergies territoriales.

C’est en s’associant aux valeurs de l’humanisme que les idées libérales pourraient prétendre à une plus grande influence. Un véritable humanisme libéral en France, plus tempéré que « l’ultralibéralisme», caricature du libéralisme, pourrait alors s’articuler autour de trois valeurs majeures: le respect des personnes et de leurs
biens plutôt que la pratique de la suspicion généralisée, la recherche de la cohésion de la société civile plutôt que la logique des luttes ou des clivages, l’ambition du dépassement collectif plutôt que celle du nivellement par le bas. La condition nécessaire pour développer un humanisme libéral nécessiterait de partager le goût de l’avenir, la confiance dans l’énergie humaine et la légitimité globale de l’entreprise.