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Tribune · Républicains Sénat · 3 juillet 2014

Bruno Retailleau : « Une réforme territoriale à contresens »

Les annonces sur la réforme territoriale démontrent une nouvelle fois que François Hollande fait rouler la France à contresens, au risque de provoquer deux crashs aux graves conséquences.

Un crash économique tout d’abord : oui, il nous faut de grandes régions pour aller chercher cette croissance qui nous fait défaut. Mais plutôt qu’une stratégie ambitieuse visant à faire des régions les ressorts de la puissance économique de demain (pour reprendre l’expression du Général de Gaulle), l’ancien premier secrétaire du PS a choisi la tactique politicienne, notamment dans l’Ouest : contenir les Bonnets rouges et contenter ses proches…

Tous ces petits arrangements ne font pas une ambition territoriale. Il suffit de regarder la nouvelle carte pour s’en convaincre: 14 régions au lieu des 11 prévues, des mariages forcés, des célibats autorisés, des divorces programmés … Bref, un redécoupage bancal, déséquilibré, sans lisibilité territoriale – cette région Poitou-Centre-Limousin qui va de l’île de Ré à l’Île de France ! – et donc, sans efficacité économique, puisqu’en niant l’histoire et la géographie, la gauche prive de nombreux territoires d’un véritable moteur du développement : l’identité.

Quant aux fameuses économies, ces fusions vont au contraire accroitre les coûts de fonctionnement en créant des administrations régionales pléthoriques en privilégiant des décisions lointaines, moins adaptées aux réalités du terrain et donc plus coûteuses.

Crash économique, mais crash démocratique également. Que veulent les Français aujourd’hui ? Plus de proximité avec leurs élus et leurs institutions. Les résultats des élections européennes le démontrent d’ailleurs clairement : c’est l’Europe lointaine qui a été sanctionnée. Les Français souffrent de l’éloignement, en particulier dans les territoires ruraux qui se sentent de plus en plus oubliés et même méprisés.

En supprimant les départements dans les zones rurales, en concentrant la démocratie locale sur les grandes métropoles, la gauche va accroître la fracture territoriale entre la France urbaine et la France rurale ou périurbaine, cette France des invisibles où le FN a fait ses scores les plus élevés le 25 mai. Une solution de bon sens était pourtant possible : maintenir le département là où il est utile, c’est-à-dire en zones rurales ; et le supprimer dans les métropoles, là où il est devenu transparent.

Pourquoi vouloir tout uniformiser en niant la diversité de notre pays ?

Car ce qui est en jeu dans celte réforme, c’est l’unité française. Ni jacobinisme, ni fédéralisme : notre pays doit rester à la fois ce beau « pays différencié  » cher à Albert Thibaudet et cette République une et indivisible.

C’est bien de l’avenir de la France dont il s’agit. Un parti minoritaire tel que l’est aujourd’hui le PS, ne peut pas décider seul en gribouillant une carte sur un coin de table de l’Élysée !

Parce que les Français ont le droit de choisir, le gouvernement a le devoir de les consulter. Pour être à la hauteur de la France, il faut d’abord écouter les Français.

Monsieur le Président le référendum, c’est maintenant !