Gérard Larcher :  » Une nouvelle politique économique : voilà la vraie urgence ! « 

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Tribune · Républicains Sénat · 21 juillet 2014

Invité à commenter la stagnation de l’économie française au premier trimestre 2014, le ministre des Finances a récemment tenu ce propos définitif et irresponsable : « Ce n’est pas grave mais cela conforte toute la politique que nous menons aujourd’hui » . A-t-il seulement conscience du danger qui menace notre pays ? Dépourvue de tonus, l’économie française continue à faire du surplace.

Depuis l’élection de François Hollande, le produit intérieur brut n’a pratiquement pas progressé (+ 0,5 % en huit trimestres) alors qu’il avait augmenté de 2 % en 2010 et de 2,1 % en 2011. Malgré les nombreuses promesses du gouvernement, l’emploi recule et, tous les mois, le chômage bat un nouveau record, le pouvoir d’achat des Français baisse (- 1,8 % au cours des deux dernières années), la compétitivité des entreprises s’érode et l’investissement ne repart pas… Contrairement au reste de l’Europe, les perspectives pour l’économie française ne sont guère réjouissantes. Pourtant, le gouvernement a maintenu dans le collectif budgétaire sa prévision de croissance à 1 %! Avec un socle de croissance de 0,3 % à la sortie du premier trimestre, il faudrait, pour atteindre ce chiffre de 1 %, que la croissance passe à 1,8 % l’an au cours des trois trimestres suivants… est-ce possible ?

La situation des comptes publics devient plus que préoccupante. La stratégie de consolidation budgétaire, uniquement basée sur des hausses d’impôts, a échoué. Non seulement les recettes fiscales ne sont pas au rendez-vous (pas moins de 15 milliards d’euros ont manqué à l’appel en 2013) mais cette stratégie aura réussi à étouffer la croissance et faire fuir hors de France une partie de l’esprit d’entreprise qui fait notre richesse. Nous accusons désormais un retard considérable par rapport au plan de marche prévu : le déficit public s’annonce, en 2014, environ 1,5 point de PIB – soit l’équivalent de 30 milliards d’euros – au-dessus de l’objectif fixé il y a à peine un an et demi!

Le gouvernement affirme qu’il va respecter ses engagements. Nous en doutons vraiment. L’effort supplémentaire de 4 milliards d’euros, annoncé dans le collectif budgétaire, ne correspond, en réalité, qu’à des spéculations sur les économies à réaliser, notamment sur les dépenses d’assurance-maladie ou des annulations de crédits ministériels déjà gelés, et ne compensera qu’en partie les dérapages en cours et la nouvelle révision à la baisse des recettes fiscales.

Face à cette impasse, le gouvernement se doit de réagir et de conduire une stratégie économique claire et lisible. Le rétablissement des comptes publics est une condition nécessaire pour le retour de la confiance et de la croissance. Réduire notre endettement est aussi primordial pour préserver notre souveraineté et conserver la maîtrise de notre destin. Mais pour cela, encore faut-il être crédible. A cet égard, nous regrettons, par exemple, que le gouvernement ait supprimé en toute hâte la révision générale des politiques publiques (RGPP) pour la remplacer par la fumeuse modernisation de l’action publique (à laquelle il vient d’ailleurs de renoncer…), alors que des réformes de structures sont indispensables pour moderniser l’Etat et développer des politiques publiques plus efficaces et moins dispendieuses. Les économies de type gel ou rabot, dont le gouvernement s’est fait une spécialité, ne répondent pas à cet objectif parce qu’elles ne constituent pas des inflexions durables.

Bien entendu, résoudre le problème des finances publiques ne suffirait pas! Il faut aussi définir une stratégie économique claire et s’y tenir. Là encore, l’inquiétude prédomine. Alors qu’il est urgent de rétablir la compétitivité de notre appareil productif, le fameux pacte de responsabilité, annoncé à grand renfort médiatique le 14 janvier et élevé au rang d’urgence nationale, n’est toujours pas sorti de terre. Pour assurer la montée en gamme de notre économie, l’investissement et l’effort d’innovation devraient être encouragés. Or, le gouvernement, par préoccupation comptable, prévoit de ralentir cette année le déploiement du plan d’investissement d’avenir. En matière d’emploi, le bilan est dramatique, des jeunes aux seniors. Cela n’empêche pas que de nombreuses questions restent sans réponse en matière d’apprentissage – auquel on préfère les emplois d’avenir -, de coût du travail, de formation des salariés et des chômeurs, d’organisation du travail dans les entreprises.

Depuis deux ans, le gouvernement s’est égaré dans une série de zigzags, a retenu des choix inadéquats et, au total, a perdu un temps précieux. L’économie a beaucoup souffert, les Français aussi et ils sont maintenant envahis par le doute. Des réformes sont nécessaires pour relancer l’économie, rebâtir le pacte social et permettre à notre pays de se redresser! Encore faut-il être déterminé à passer à l’acte… et c’est le projet que nous préparons pour une autre politique.