Bruno Retailleau : « Emmanuel Macron met en péril notre unité. »

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00. Non Tribune · Républicains Sénat · 28 janvier 2020

Le 24 janvier, Bruno Retailleau, donnait une interview dans le Figaro. Pour le président du groupe LR au Sénat, « le discours culpabilisateur » du chef de l’État « risque de fragiliser encore davantage » un pays fracturé.


LE FIGARO.- Comment réagissez-vous aux propos d’Emmanuel Macron? Il était très attendu sur la laïcité, l’intégration et communautarisme. Êtes-vous satisfait ?

Bruno RETAILLEAU. – Après deux années de contradictions macroniennes, on attendait du président de la République un sursaut de courage et nous n’avons en définitive qu’une profession de foi multiculturaliste. Les propos d’Emmanuel Macron sont graves: notre pays est profondément divisé et le chef de l’État prend le risque de fragiliser encore davantage notre unité en proposant toujours moins d’assimilation, puisqu’il la récuse, et encore plus de repentance, de culpabilisation des Français. Ces derniers souffrent d’une insécurité culturelle grandissante et Emmanuel Macron semble les tenir pour responsables de cette souffrance, pointant du doigt le « problème » que, selon lui, la France aurait avec « la reconnaissance » de l’altérité.

Ce discours culpabilisateur, c’est un marqueur du progressisme mais c’est aussi la marque de cette insensibilité des « gens de partout » qu’évoque David Goodhart [essayiste britannique, NDLR] à l’égard de l’angoisse identitaire qu’éprouvent les gens de « quelque part », ces hommes et ces femmes souvent modestes qui, après des décennies d’immigration galopante et de communautarisation croissante, se sentent étrangers dans leur propre pays. Ces gens-là, Emmanuel Macron ne les regarde pas, au risque de les pousser dans les bras des démagogues.

La guerre d’Algérie peut « avoir le même statut qu’avait la Shoah pour Chirac en 1995 », explique le président. Peut-on selon vous mettre les deux évènements sur le même plan ?

C’est de l’indécence. Après avoir qualifié la colonisation de « crime contre l’humanité », il fait l’amalgame entre la guerre d’Algérie et le pire génocide de l’histoire humaine! C’est une double offense. Une offense pour les soldats français qui ont combattu en Afrique du Nord et qui se voient assimilés aux bourreaux de la pire espèce. Une offense aussi pour les victimes de la Shoah puisque cet insupportable rapprochement revient à relativiser la monstruosité qu’a été l’Holocauste. Mais Emmanuel Macron ne se contente pas d’insulter notre passé, il met en péril notre unité. Car avec de tels propos, il jette de l’huile sur le feu communautariste qui brûle le tissu civique français. Comment faire aimer la France aux jeunes issus de l’immigration si l’on ne cesse de répéter qu’elle est éternellement coupable et donc peu aimable? Ce sont des propos irresponsables, comme lorsqu’il pointe l’antisémitisme d’extrême droite et d’extrême gauche sans jamais dénoncer le premier responsable des actes antisémites aujourd’hui : l’islamisme.

Pour le chef de l’État, « le voile, ça n’est pas un sujet de laïcité dans la rue. C’est un sujet de civilité ». Est-ce la bonne grille de lecture ?

Réduire les questions de communautarisme, de laïcité et d’islam politique à un problème de «civilité», c’est absurde. Le sujet, ce n’est pas d’inculquer les bonnes manières aux islamistes mais de les mettre hors d’état de nuire! L’islam politique n’est pas incompatible avec une improbable «civilité républicaine», l’islam politique est incompatible avec la civilisation française, c’est-à-dire avec notre conception de la liberté de conscience, de l’égalité entre l’homme et la femme et de la supériorité de la loi civile sur la loi religieuse. Ouvrons les yeux: le voile islamique n’est pas un simple bout de tissu, c’est une bannière pour les tenants d’un islam radical qui partout cherche à marquer de son empreinte l’espace public et à séparer les Français entre eux, comme il sépare les femmes des hommes.

Bien sûr, toutes les femmes qui portent le voile ne sont pas des islamistes, mais tous les islamistes exigent que les femmes portent le voile. Face à cet islam d’affirmation, nous devons réaffirmer ce que nous sommes et ce que nous devons rester: une nation civique, une République laïque. C’est pourquoi je propose que l’on inscrive dans la Constitution que nul ne peut se prévaloir de sa religion pour se soustraire à la règle commune. Une telle affirmation nous permettrait de mettre fin aux revendications ou aux provocations communautaristes, notamment dans les services publics comme l’hôpital ou l’institution scolaire.


Peut-on « accepter » qu’il y ait « un séparatisme » dans la République, comme le dit Emmanuel Macron?

Le séparatisme est une réalité. Le problème d’Emmanuel Macron est qu’il est toujours dans le constat, jamais dans le combat. Car à chaque fois que nous avons proposé au Sénat des mesures contre le séparatisme islamique, il les a repoussées. Sur l’interdiction des listes communautaires ou du voile islamique dans les sorties scolaires, le gouvernement a dit non! J’en ai assez de cette tartufferie, cette hypocrisie d’État. La vérité, c’est qu’on est en train de perdre la bataille contre l’islam politique. Je suis très inquiet pour l’avenir de notre nation. Désormais, avec les travaux de Gilles Kepel, d’Hugo Micheron et de Bernard Rougier, nous avons une approche scientifique, incontestable, du phénomène islamiste en France. C’est en partant de ces constats objectifs que nous devons le combattre. Mais le préalable, c’est la lucidité et le courage. Pour l’instant, Emmanuel Macron n’a fait preuve ni de l’une ni de l’autre.